Mystere Naturel

15 juin 2016

L’élevage du Phasme Feuille

Certains animaux se cachent dans leurs environnements par divers moyens, montrant leur ingéniosité pour survivre.
Ainsi de par sa ressemblance avec les feuilles d’arbres, un insecte en particulier en fascine plus d’un.
Cet animal si singulier peut même être élevé par l’homme.
Je vais donc vous parler de « L’élevage du Phasme Feuille »

Note : Cet article a été écrit par notre partenaire Reptiles Planet/Savannah.

La phyllie ou la phyllium sp. n° 278 (phyllium sp. Philippines) est un animal compris dans la famille des phylidae regroupant les phasmes feuilles. C’est une espèce endémique du nord-ouest de l’île de Luzon située au nord-est de l’archipel des Philippines et dont les premiers spécimens ont été récoltés en 2000 dans la base militaire de Subie Zamabales de la province du Bhoutan. Vers la fin 2001, des œufs de cet insecte ont été introduits dans les élevages européens et son abondance en a fait une phyllie populaire et appréciée des éleveurs.

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Les caractéristiques physiques de l’espèce

De 7 à 8 cm de longueur pour la femelle et 5 cm pour le mâle, ce phasme feuille est d’une taille relativement petite. Comme son nom l’indique, son corps a l’aspect d’une feuille, surtout celui de la femelle adulte, large et aplatie, de couleur vert clair virant au jaune ou orangée. L’abdomen est recouvert d’une paire d’ailes membraneuses qui, à son tour, est recouverte d’une paire d’élytres. D’une largeur de 3 à 3, 5 cm, il peut s’épaissir jusqu’à 1, 5 cm en période d’ovulation. Le dos quant à lui contient des taches brunâtres ressemblant aux nécroses d’une feuille.
Un plus dans ce système de camouflage, les nervures de ces élytres ressemblent également à celles d’une feuille. Les pattes, elles, portent des excroissances foliacées irrégulières.
La femelle se distingue également par sa paire d’antennes très trapues à la forme de massue et ne dépassant pas le demi-centimètre. Pourtant, celles-ci atteignent les trois quarts du corps du mâle.
Ce dernier se reconnaît facilement à sa taille réduite, tout le contraire de la femelle. La couleur du phasme feuille est en outre plus claire et unie, rendant moins efficace son camouflage. En volant pour rejoindre les femelles, il s’expose ainsi aux prédateurs. Son abdomen est aussi plus fin et pointu que celui de la femelle avec 1 à 1, 5 cm de largeur. Ses quatre ailes membraneuses lui permettent par contre de voler relativement bien alors que les phasmes ne savent pas voler correctement.
Ces invertébrés, notamment les femelles se déplacent très lentement et en chancelant, à la façon d’une feuille tremblotante par le vent.

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Quant aux œufs, ils sont bruns avec une forme asymétrique et irrégulière en plus d’une surface granuleuse et ridée. Sur le dos se trouvent deux arêtes de poils érectiles à l’humidité.
Quand ils sont éclos, les jeunes sont de couleur brun-noir avec des bandes translucides virant au bleu, car on y voit l’hémolymphe par transparence. Au contraire des adultes, ces nouveau-nés se déplacent rapidement avec une démarche sûre, en tenant leur abdomen recourbé vers le haut, ce qui les permet d’être confondus avec des araignées. Ce subterfuge est d’autant plus utile, car ils doivent rejoindre rapidement la canopée où ils passeront toute leur vie.
Assez vite, leur couleur passe au vert avec ou sans taches brunes.
Les mâles ne se distinguent des femelles que vers le quatrième stade larvaire.

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La reproduction

Après 4 à 5 mois, les phyllies parviennent en fin de mue. Les mâles y arrivent rapidement, mais vivent moins longtemps l’âge adulte, entre 2 ou 3 mois seulement contre 6 mois pour les femelles. Les adultes s’accouplent trois semaines après cette dernière mue et les femelles pondent leurs premiers œufs un mois plus tard jusqu’à la fin de leurs vies.
Il est donc difficile d’avoir des reproductions de phyllium issu de la même génération vue que le laps de temps permettant aux adultes de s’accoupler est assez court. De ce fait, il est recommandé de disposer de mâles d’un ou deux stades plus jeunes que les femelles pour commencer un élevage. D’ailleurs, de par son caractère parthénogénétique, pouvant pondre sans avoir été fécondées, les générations futures de la phyllie risquent de n’être constituées que de femelles. C’est un processus à éviter, car épuisant et fragilisant leur espérance de vie.

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L'élevage en terrarium

En dépit de leur réputation de phasmes fragiles, les phyllies s’élèvent facilement en terrarium à condition de leur offrir leurs besoins environnementaux.

Quelle taille de terrarium privilégier ?

La dimension idéale est de 40 cm x 40 cm x 60 cm de haut. On prend soin de l’aérer suffisamment pour éviter une ambiance confinée.

Quel climat dans le terrarium ?

Il faut savoir qu’il faut garder une hygrométrie suffisante afin d’assurer le bon déroulement des mues. Pour cela, la pulvérisation régulière des plantes nourricières servant à diffuser de l’humidité est nécessaire.
De même, on maintient humide et non détrempée une couche de tourbe au fond du terrarium pour servir de tampon permettant de pallier aux brusques chutes d’hygrométrie. D’ailleurs, son acidité stoppera la prolifération des moisissures sur les crottes et les feuilles en décomposition.
Étant donné que le phyllium philippinicum est une espèce provenant de forêts tropicales humides, il faut y conserver une température idéale tournant autour de 20 à 25°C.
Le bac doit également être éclairé par une lampe halogène de 20 W pendant 12 heures par jour.

Sachez que le substrat acide et humide permet aussi aux œufs laissés au sol de se développer correctement. Le papier absorbant ferait bien office de substrat à condition de le changer régulièrement une fois sali par les aspersions régulières. Dans tous les cas, ce système obligerait le terrariophile à incuber les œufs dans une petite boîte contenant de la tourbe maintenue toujours humide.
Normalement, avec une température de 20 à 25°C, les œufs éclosent après 3 à 4 mois de la ponte. En dessous, l’incubation dure jusqu’à 6 mois.

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L'alimentation

Dans le terrarium, il faut toujours mettre une petite bouteille remplie d’eau et contenant des branches fraîches pour leur servir de nourriture.
Cependant, l’animal ne se nourrit pas de tout type de végétaux. À l’origine, les phyllies mangent des feuilles de manguier ou de goyavier, des fruitiers entièrement tropicaux. À défaut de pouvoir en cultiver chez soi et en grand nombre pour les interchanger dans le terrarium, on peut nourrir le phasme feuille avec des plantes locales coupées et installées dans un récipient qu’on prend soin de changer souvent que possible.
En effet, l’insecte adore aussi les feuilles de chêne, hêtre, noisetier, rosiers, framboisier et les ronces sauvages. Si les premiers se trouvent à profusion en été, le dernier est la seule alternative en hiver.

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